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Un artiste palestinien peint sur le mur de séparation israélien pour dénoncer l’occupation

Publié le

par Donnia Ghezlane-Lala

© Taqi Spateen

"Le graffiti est un outil de résistance en Palestine."

Pour l’artiste palestinien Taqi Spateen, marcher le long du mur construit par Israël et séparant la Cisjordanie de l’État hébreu est l’occasion de voir son exposition de graffitis dénonçant l’occupation israélienne.

Son travail remplit notamment une grande partie de la portion du mur de séparation qui fait face à l’hôtel Walled-Off, aménagé à Bethléem par l’artiste anonyme Banksy et dont les fenêtres donnent à dessein sur ce symbole de l’occupation. Parmi les peintures de Taqi Spateen, un énorme portrait de George Floyd, l’Afro-Américain tué en mai 2020 à Minneapolis, aux États-Unis, par le policier Derek Chauvin.

"J’ai l’impression que [George Floyd, ndlr] est un Palestinien. Il s’agit des mêmes préoccupations que les nôtres", notamment la lutte contre le racisme, confie l’artiste à l’AFP, après avoir achevé son dernier graffiti, un fusil de tireur d’élite sous le dôme du Rocher à Jérusalem, dont la partie orientale de la ville sainte a été annexée et est occupée par Israël depuis 1967.

Pour le jeune homme de 32 ans, raconter avec ses pinceaux la vie sous occupation israélienne est vital pour garantir que le monde n’oublie pas. La Cisjordanie, située à l’est d’Israël, est occupée depuis 1967. La bande de Gaza, à l’ouest de l’État hébreu, est sous blocus israélien depuis près de quinze ans.

Ces graffitis "transmettent l’image de la Palestine au monde", affirme l’artiste, après avoir passé quatre heures à peindre sous un soleil de plomb, au pied d’un mirador de l’armée israélienne.

"Mur de l’apartheid"

Israël a commencé à construire en 2002, en pleine intifada (soulèvement palestinien), ce qu’il appelle la "barrière de sécurité" censée le protéger des attaques venues de Cisjordanie et devant atteindre, à terme, 712 kilomètres de long.

Pour les Palestinien·ne·s, cette barrière faite de barbelés, clôtures électriques et autres murs en béton atteignant jusqu’à neuf mètres de haut est le "mur de l’apartheid", l’un des symboles les plus honnis de l’occupation.

Taqi Spateen, qui vit à Houssane, à l’ouest de Bethléem, a également représenté la star argentine de football Lionel Messi frappant un ballon à travers des chaînes. Une image inspirée par la décision de l’Argentine en 2018 d’annuler un match amical avec Israël, en raison du traitement réservé par l’État hébreu aux Palestinien·ne·s. L’artiste est sur le point de s’installer en résidence à Paris, où il souhaite réaliser une œuvre représentant un "brouillard" engloutissant la société palestinienne.

Taqi dit s’inspirer en partie des images de gaz lacrymogènes lancés par les forces israéliennes pour réprimer les manifestations et les émeutes palestiniennes, ainsi que des photos de la poussière ayant recouvert Gaza après les raids israéliens sur l’enclave palestinienne en mai 2021.

Israël a rasé plusieurs bâtiments à Gaza pendant onze jours en mai. La "laideur" du mur, sa "présence et son impact énorme" sont autant de motivations pour l’artiste à continuer son œuvre. "Le graffiti est un outil de résistance en Palestine", affirme-t-il.

Konbini arts avec AFP

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